23 décembre 2007
Après le crime d’être sans-papiers, voilà le crime de les aider...
Voilà la dernière mouture de la politique de notre gouvernement : une disposition de la Loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (Lopsi), qui doit être présentée en janvier par MAM en Conseil des ministres, offrira la possibilité aux forces de police de placer des mouchards dans les ordinateurs pour surveiller les conversations par e-mail, ou encore par des logiciels comme Skype, contre ceux qui cherchent à protéger des personnes sans-papiers.
La politique des « quotas » considère les sans-papiers comme des marchandises, comme l’ADN, cette nouvelle disposition achève d’en faire des criminels. Il y a en ce domaine (comme dans d’autres d’ailleurs) une escalade que nous ne saurions qualifier, au minimum c’est inefficace et injuste, au maximum ça rappelle des périodes sombres de notre histoire.
J’ai déjà parlé sur ce blog de mystique. À nouveau nous sommes en plein dedans, car cette politique destructrice des solidarités et de la dignité humaine ne touche pas plus de 25000 individus sur les 60 millions que nous sommes. Mais ce qui importe pour les tenants de ce système est de criminaliser toujours plus et d’organiser une répression féroce : le résultat est qu’on lorgne chaque jour davantage sur le mythe construit par l’extrême droite, de « l’envahissement ». On cultive cette mystique communautaire et raciste qui, en d’autres temps, nous a causé un devoir de mémoire.
J.P.
17 décembre 2007
Sarkozy, où l’art de cultiver la mystique…
Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, ça y est c’est officiel, tout le monde en parle, les rédactions s’activent à nous publier des photos du nouveau couple. C’était samedi dernier, à Disneyland, symbole de la grandeur (folie) US, que notre adoré Président a réuni officieusement son parterre de paparazzis pour officialiser sa liaison. Mais ne nous étendons pas de trop sur les faits, ils sont assez bien décrits ici ou encore ici.
En plein dans mes révisions de vie politique française, il est un parallèle intéressant : le général Boulanger et la crise éponyme qui s’en est suivi dans les années 1887 – 1889. Aux origines de la crise, il y avait bien évidemment ce personnage, Ministre de la Guerre, qui sera glorifié comme le « Général Revanche » suite à l’affaire Schnaebelé. Or à l’époque, il y avait dans l’opinion comme une haine revancharde tournée vers la Prusse de Bismarck (nous sommes 17 ans après la guerre de 1870) et Boulanger va largement cultiver une forme de mystique haineuse.
Dans son histoire des institutions, Jean-Jacques Chevallier (1) explique ce phénomène (et nous éclaire) : « La République opportuniste avait eu une grande qualité : elle savait gouverner. Ses chefs étaient vraiment des politiques : le régime républicain, entre leurs mains expertes, ne risquait pas les mécomptes de 1848. Mais les peuples, qui ne vivent pas seulement de pain, ne vivent pas non plus seulement de bons gouvernements ; il leur faut aussi une mystique à laquelle les gouvernants sachent donner ou laisser donner un suffisant aliment. »
Gagné !
Après la nuit au Fouquet’s, après les vacances à Malte, après les infirmières Bulgares, après Cécilia le jour de grève, après Kadhafi encore, il y a Carla. Où l’art que possède notre Président pour cultiver cette mystique en méthode de gouvernement. Le voici qui hante notre imaginaire collectif : Sarkozy le riche, Sarkozy le sauveur, Sarkozy le tombeur… (beurk !) Là où il y avait Boulanger, il y a aujourd’hui Sarkozy : amer sentiment de se sentir annihiler par la schizophrénie de cette société.
J.P.
(1) Histoire des institutions et des régimes politiques de la France de 1789 à 1958, Jean-Jacques Chevallier, Armand Colin, coll. Classic, 9ème édition, 2001.